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NOUVELLE INTERPRÉTATION DES TEXTES MYCÉNIENS
© Enriqueta et Tina Martinotti
Dans les années 50, Michael Ventris a déchiffré l’écriture mycénienne appelée Linéaire B. L’espoir était grand de trouver, dans l’écriture sur ces tablettes en argile, d’importantes informations anthropologiques sur cette culture, matrice de la civilisation occidentale, qui a habité l’île de Crète ainsi que des citadelles mycéniennes du T.M.II jusqu’à la destruction du dernier niveau de la citadelle de Mycènes (de 1450 à 1100 ACN).
Les traductions des tablettes par M. Ventris et Chadwick ont donné à penser qu’il s’agissait de listes de marchandises, de poids et mesures, de listes militaires, ou d’énumérations d’ouvriers, de noms, de rations et distributions d’un Etat de l’âge du bronze égéen qui s’est dévoilé être hyper bureaucratique.
Mais ce « silence » des tablettes sur les thèmes cultuels, rituels ou mythologiques, ne s’accorde pas avec les évidences archéologiques qui révèlent une riche activité dans le domaine des croyances et des rituels. Cette lacune a été à l’origine de cette étude, qui a mis en question, non pas le déchiffrement, mais les traductions du linéaire B.
Dès le début on a considéré comme des inflexions des signes qui avaient été identifiés phonétiquement par comparaison avec d’autres écritures. Ces prémices, qui ont servi de données pour l’analyse statistique, ne soutiennent pas l’hypothèse que ces valeurs sont réellement et dans tous les cas des inflexions. C’est une chose de donner une valeur phonétique à un signe, c’en est une autre de le considérer entièrement comme inflexion. Cette présupposition a entraîné une réelle confusion dans le processus de déchiffrage du mycénien par la méthode statistique. Qu’est-ce à dire ? La réussite apparente du point de vue statistique ne constitue pas une base épistémologique suffisante pour ne voir dans ces signes que des déclinaisons. Et certes encore moins quand la plupart des valeurs phonétiques des signes du linéaire B donnés par Ventris se trouvent dans les autres systèmes d’écriture avec les mêmes valeurs. Donc, si on veut avancer dans la compréhension des tablettes mycéniennes, si on veut lire sans égarements ce qu’on écrit les mycéniens, voir aussi le linéaire A, on devra prendre conscience que dans les derniers 50 ans on a commis trop d’erreurs dans les interprétations de l’écriture linéaire B, précisément dans les traductions courantes qui considèrent les tablettes des “documents d’administration bureaucratique”. On devrait faire face honnêtement au fait que les évidences archéologiques du monde mycénien ne s’accordent pas avec ces lectures de la méthode “standard”.
Dans cette recherche nous avons repris les valeurs phonétiques du linéaire B donnés par MM. Ventris et Chadwick, et nous avons repéré qu’il existent des mots d’une seule syllabe qui servent à établir ces nouvelle traductions des textes. Les recours à l’homonymie, la paronomase, la synonymie, l’hyperonyme, l’allitération et surtout à la polysémie, vue les pratiques des religions magiques superstitieuses, permettent de considérer que ceux-ci c’étaient les outils fondamentaux pour exprimer des sujets tabous dans les textes du Linéaire B, et précisément dans ses iconogrammes et ses numérales. L’homonymie et la polysémie, avec les fausses étymologies, ont été les outils principaux utilisés par la littérature et l’art religieux. La sémantique des symboles dans l’iconographie minoenne et mycénienne sont susceptibles d’une lecture, et ils n’ont pas été toujours pris en compte.
Cette « Nouvelle interprétation des tablettes mycéniennes », présente une nouvelle méthode de traduction du linéaire B, plus satisfaisante à nos yeux. En n’utilisant toujours qu’un vocabulaire restreint, nous avons traduit 89 tablettes. Ces nouvelles traductions du mycénien, dont sept déjà sont publiées (voir réf. ci-dessus), montrent que ces tablettes en linéaire B ne sont pas des listes administratives, mais des textes cultuels mycéniens où le processus rituel est lié à des mythes constitués et à la pratique d’une religion mycénienne magique superstitieuse (ce qui se trouve confirmé par les évidences archéologiques).
Selon l’analyse des phonèmes du linéaire B, ces traductions nous indiquent qu’il n’y avait pas de raffinement du graphisme dans le monde mycénien, mais qu’il existait une excellente maîtrise de la polysémie, la délicatesse de la métaphore, la métonymie et l’euphémisme, et ce depuis les premiers écrits.
Le mot kreetízoo signifie « imiter les habitants de la Crète, tromper », et cela s’applique au linéaire B. Le système d’écriture mycénien, héritage d’un grand passé historique, est trompeur pour cacher le sens de ce qui est écrit, parce qu’on constate qu’il était intentionnellement écrit pour cacher le sujet, indubitablement à raison du fort tabou qui a dû s’imposer sur la manifestation écrite des pratiques religieuses.
17/12/2007
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